Bruna Marcouine Touge, née Bragato le 21 août 1917 à Noventa di Piave, en Italie, arriva en France avec sa famille en 1938. Elle me racontait avoir connu mon père, René Touge, alors qu’elle jouait dans les foins avec ses sœurs. René, jeune instituteur à Saint-Clar, passait chaque jour à bicyclette devant le champ. Leurs chemins se séparèrent pendant plusieurs années, car il poursuivait ses études avant d’entreprendre une carrière diplomatique. Ce n’est qu’après la guerre que Bruna put enfin épouser celui qu’elle avait aimé dès sa jeunesse. Elle lui demeura fidèle toute sa vie.
Bien qu’élevée à la campagne, elle acquit par elle-même une véritable culture dans les arts et les lettres. Elle aimait la peinture, la musique, particulièrement l’opéra, et tout ce qui nourrissait l’esprit. Son intelligence, son goût et sa distinction naturelle lui permirent d’accompagner avec aisance son mari dans les milieux les plus cultivés de son époque. Bruna était une femme d’une rare force de caractère. Mon père disait souvent d’elle qu’elle était « un roc », tant elle donnait à la famille son équilibre. Je ne l’ai jamais entendue élever la voix ni se mettre en colère contre qui que ce soit. Elle cherchait toujours à comprendre les autres, à retenir leurs qualités plutôt que leurs défauts et pardonnait avec une grande simplicité. Tous ceux qui l’ont connue savaient qu’ils pouvaient compter sur elle. Son courage, sa patience et son optimisme lui permettaient de traverser les épreuves sans perdre confiance. Elle répétait volontiers une devise héritée de sa mère : « Sempre avanti » — « Toujours aller de l’avant. » Elle comparait souvent la vie à une tempête qui ravage tout sur son passage, mais ajoutait qu’après l’orage il reste toujours un brin d’herbe ou une fleur pour annoncer le renouveau. Cette espérance l’habita jusqu’à la fin de sa vie.
Bruna et René eurent trois enfants : Michèle, Pierre et Philippe. Elle les éleva avec amour et patience, se consacrant entièrement à leur bonheur. Elle était une maîtresse de maison accomplie, une excellente cuisinière et possédait une grande habileté manuelle. Tandis que mon père, homme d’étude, se souciait peu des travaux pratiques, c’était elle qui assurait les réparations et le bricolage de la maison.Bruna Touge connut une longue vie, riche d’affection et de générosité. Elle s’éteignit à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans, entourée de sa famille et de l’estime de ceux qui l’avaient connue. Jusqu’à ses derniers jours, malgré les souffrances de l’âge, elle conserva sa joie de vivre et son sens de l’humour. Un mois avant sa disparition, elle recevait encore ses enfants de passage, conversait avec eux et riait avec la même simplicité qu’autrefois.
