{"id":700,"date":"1999-07-14T01:37:00","date_gmt":"1999-07-13T23:37:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/?p=700"},"modified":"2026-07-21T10:41:55","modified_gmt":"2026-07-21T08:41:55","slug":"merci-maman","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.web-art.us\/blogfiction\/1999\/07\/14\/merci-maman\/","title":{"rendered":"Merci Maman"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bruna Marcouine Touge, n\u00e9e Bragato le 21 ao\u00fbt 1917 \u00e0 Noventa di Piave, en Italie, arriva en France avec sa famille en 1938. Elle me racontait avoir connu mon p\u00e8re, Ren\u00e9 Touge, alors qu&rsquo;elle jouait dans les foins avec ses s\u0153urs. Ren\u00e9, jeune instituteur \u00e0 Saint-Clar, passait chaque jour \u00e0 bicyclette devant le champ. Leurs chemins se s\u00e9par\u00e8rent pendant plusieurs ann\u00e9es, car il poursuivait ses \u00e9tudes avant d&rsquo;entreprendre une carri\u00e8re diplomatique. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr\u00e8s la guerre que Bruna put enfin \u00e9pouser celui qu&rsquo;elle avait aim\u00e9 d\u00e8s sa jeunesse. Elle lui demeura fid\u00e8le toute sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bien qu&rsquo;\u00e9lev\u00e9e \u00e0 la campagne, elle acquit par elle-m\u00eame une v\u00e9ritable culture dans les arts et les lettres. Elle aimait la peinture, la musique, particuli\u00e8rement l&rsquo;op\u00e9ra, et tout ce qui nourrissait l&rsquo;esprit. Son intelligence, son go\u00fbt et sa distinction naturelle lui permirent d&rsquo;accompagner avec aisance son mari dans les milieux les plus cultiv\u00e9s de son \u00e9poque. Bruna \u00e9tait une femme d&rsquo;une rare force de caract\u00e8re. Mon p\u00e8re disait souvent d&rsquo;elle qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00ab un roc \u00bb, tant elle donnait \u00e0 la famille son \u00e9quilibre. Je ne l&rsquo;ai jamais entendue \u00e9lever la voix ni se mettre en col\u00e8re contre qui que ce soit. Elle cherchait toujours \u00e0 comprendre les autres, \u00e0 retenir leurs qualit\u00e9s plut\u00f4t que leurs d\u00e9fauts et pardonnait avec une grande simplicit\u00e9. Tous ceux qui l&rsquo;ont connue savaient qu&rsquo;ils pouvaient compter sur elle. Son courage, sa patience et son optimisme lui permettaient de traverser les \u00e9preuves sans perdre confiance. Elle r\u00e9p\u00e9tait volontiers une devise h\u00e9rit\u00e9e de sa m\u00e8re : \u00ab Sempre avanti \u00bb \u2014 \u00ab Toujours aller de l&rsquo;avant. \u00bb Elle comparait souvent la vie \u00e0 une temp\u00eate qui ravage tout sur son passage, mais ajoutait qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;orage il reste toujours un brin d&rsquo;herbe ou une fleur pour annoncer le renouveau. Cette esp\u00e9rance l&rsquo;habita jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bruna et Ren\u00e9 eurent trois enfants : Mich\u00e8le, Pierre et Philippe. Elle les \u00e9leva avec amour et patience, se consacrant enti\u00e8rement \u00e0 leur bonheur. Elle \u00e9tait une ma\u00eetresse de maison accomplie, une excellente cuisini\u00e8re et poss\u00e9dait une grande habilet\u00e9 manuelle. Tandis que mon p\u00e8re, homme d&rsquo;\u00e9tude, se souciait peu des travaux pratiques, c&rsquo;\u00e9tait elle qui assurait les r\u00e9parations et le bricolage de la maison.Bruna Touge connut une longue vie, riche d&rsquo;affection et de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. Elle s&rsquo;\u00e9teignit \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de quatre-vingt-dix-sept ans, entour\u00e9e de sa famille et de l&rsquo;estime de ceux qui l&rsquo;avaient connue. Jusqu&rsquo;\u00e0 ses derniers jours, malgr\u00e9 les souffrances de l&rsquo;\u00e2ge, elle conserva sa joie de vivre et son sens de l&rsquo;humour. Un mois avant sa disparition, elle recevait encore ses enfants de passage, conversait avec eux et riait avec la m\u00eame simplicit\u00e9 qu&rsquo;autrefois.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bruna Marcouine Touge, n\u00e9e Bragato le 21 ao\u00fbt 1917 \u00e0 Noventa di Piave, en Italie, arriva en France avec sa famille en 1938. 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