{"id":597,"date":"2020-06-10T15:21:00","date_gmt":"2020-06-10T13:21:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.schultz-touge.com\/blogfiction\/?p=597"},"modified":"2026-07-05T16:40:27","modified_gmt":"2026-07-05T14:40:27","slug":"597","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.web-art.us\/blogfiction\/2020\/06\/10\/597\/","title":{"rendered":"Culte de la raison divine"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsque l&rsquo;homme ne croit plus en un Dieu transcendant, sur quoi fonde-t-il la certitude de son existence ? Sur sa raison ? Sur sa conscience ? Ou bien fait-il de lui-m\u00eame une sorte de dieu ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il faut d&rsquo;abord pr\u00e9ciser que la c\u00e9l\u00e8bre formule de Ren\u00e9 Descartes, <em>\u00ab Je pense, donc je suis \u00bb<\/em> (<em>Cogito, ergo sum<\/em>), ne signifie pas : \u00ab Je pense, donc je suis Dieu. \u00bb Elle signifie quelque chose de beaucoup plus modeste et de beaucoup plus radical : m\u00eame si je doute de tout, je ne peux pas douter que je suis en train de douter. L&rsquo;acte m\u00eame de penser prouve qu&rsquo;il existe au moins un \u00eatre qui pense : moi. Le cogito \u00e9tablit une certitude d&rsquo;existence, non une toute-puissance <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Si l&rsquo;on supprime Dieu comme fondement ultime de la v\u00e9rit\u00e9, ne risque-t-on pas de faire de la raison humaine l&rsquo;autorit\u00e9 supr\u00eame ? C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui a \u00e9t\u00e9 reproch\u00e9 \u00e0 la philosophie moderne. \u00c0 partir de Descartes, le sujet pensant devient le point de d\u00e9part de toute connaissance. Pour certains critiques, l&rsquo;homme remplace progressivement Dieu comme mesure de toute chose.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Chez Baruch Spinoza, cette id\u00e9e prend une direction tr\u00e8s diff\u00e9rente. Spinoza ne supprime pas Dieu : il identifie Dieu \u00e0 la Nature (<em>Deus sive Natura<\/em>). L&rsquo;intelligence humaine n&rsquo;est pas divine en elle-m\u00eame ; elle est une expression limit\u00e9e de l&rsquo;intelligence infinie de la Nature. Plus l&rsquo;homme comprend les lois de la Nature, plus il participe \u00e0 cette intelligence universelle, mais jamais il ne devient Dieu. Il d\u00e9couvre simplement qu&rsquo;il en fait partie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Arthur Schopenhauer renverse encore davantage la perspective. Pour lui, l&rsquo;intelligence est loin d&rsquo;\u00eatre souveraine. Elle n&rsquo;est qu&rsquo;un instrument au service d&rsquo;une force beaucoup plus profonde : la Volont\u00e9, une impulsion aveugle qui anime tous les \u00eatres vivants. L&rsquo;homme croit souvent agir par raison, alors qu&rsquo;il rationalise apr\u00e8s coup des d\u00e9sirs qu&rsquo;il ne ma\u00eetrise pas. Dans cette vision, l&rsquo;ath\u00e9e qui placerait toute sa confiance dans son intelligence commettrait une illusion : il surestime un cerveau qui reste soumis \u00e0 des forces inconscientes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Enfin, Friedrich Nietzsche apporte une r\u00e9ponse encore plus provocatrice. Lorsqu&rsquo;il proclame que \u00ab Dieu est mort \u00bb, il ne c\u00e9l\u00e8bre pas simplement l&rsquo;ath\u00e9isme ; il constate que les fondements religieux traditionnels de la civilisation occidentale se sont effondr\u00e9s. Le danger est alors double : soit l&rsquo;homme sombre dans le nihilisme, soit il remplace Dieu par de nouvelles idoles \u2014 la raison, la science, le progr\u00e8s, l&rsquo;\u00c9tat ou l&rsquo;humanit\u00e9 elle-m\u00eame. Nietzsche ne demande pas de croire aveugl\u00e9ment en l&rsquo;intelligence ; il invite \u00e0 cr\u00e9er de nouvelles valeurs, tout en reconnaissant que cette cr\u00e9ation exige une responsabilit\u00e9 immense.<\/p>\n\n\n\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00ab Lorsque l&rsquo;homme cesse de croire en un Dieu transcendant, il ne cesse pas n\u00e9cessairement de croire. Il d\u00e9place souvent sa foi. Au lieu de placer sa confiance en une intelligence divine, il la place dans sa propre raison, dans la science ou dans le pouvoir de son cerveau. Le risque est alors de transformer l&rsquo;esprit humain en nouvelle divinit\u00e9. Mais les grands philosophes montrent que cette confiance m\u00e9rite elle aussi d&rsquo;\u00eatre interrog\u00e9e : pour Descartes, elle fonde seulement l&rsquo;existence ; pour Spinoza, elle participe \u00e0 une intelligence infinie ; pour Schopenhauer, elle est domin\u00e9e par la Volont\u00e9 ; et pour Nietzsche, elle peut devenir une idole parmi d&rsquo;autres si elle pr\u00e9tend remplacer Dieu. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L&rsquo;\u00eatre humain ne vit presque jamais sans une forme de confiance fondamentale. La v\u00e9ritable question n&rsquo;est peut-\u00eatre pas : <em>\u00ab Croit-on ou ne croit-on pas ? \u00bb<\/em> mais plut\u00f4t : <em>\u00ab En quoi place-t-on finalement sa confiance ? \u00bb<\/em> C&rsquo;est sur ce point que ces quatre philosophes se rejoignent tout en proposant des r\u00e9ponses profond\u00e9ment diff\u00e9rentes.<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque l&rsquo;homme ne croit plus en un Dieu transcendant, sur quoi fonde-t-il la certitude de son existence ? Sur sa raison ? Sur sa conscience ? 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